En Afrique du Sud, le tennis se démocratise peu à peu

Le tennisman suisse Roger Federer, lors d'une conférence de presse à l'aéroport du Cap, le 5 février 2020, deux jours avant son match contre Raphael Nadal.
Le tennisman suisse Roger Federer, lors d’une conférence de presse à l’aéroport du Cap, le 5 février 2020, deux jours avant son match contre Raphael Nadal. (RODGER BOSCH / AFP)

Un record du monde est en passe d’être battu au Cap, en Afrique du Sud, vendredi 7 février. Il s’agit du match de tennis devant le plus grand nombre de spectateurs : environ 48 000 au total. Rafael Nadal et Roger Federer viennent jouer un match d’exhibition, leur premier en Afrique, avec notamment la présence dans le public de Bill Gates et de l’humoriste Trevor Noah. Pourtant, le tennis n’est pas un sport phare dans la nation arc-en-ciel. Il est souvent décrit comme un « sport de Blancs ».

En réalité, la tendance s’inverse petit à petit. Selon le président de la fédération de tennis sud-africaine, il y a dix ans, 90% des jeunes joueurs étaient blancs et 10% noirs. Aujourd’hui, on s’approche plutôt d’un ratio 60/40. Un changement que l’on doit aux efforts de la fédération.

En effet, elle cherche à faire revenir la balle jaune dans les townships. Des centres de développements ont été créés dans cinq provinces, pour permettre à des jeunes de jouer au tennis gratuitement, équipement et entraîneur compris, sept jours sur sept. Car la raison principale de ce déséquilibre entre communautés est assez simple : elle est avant tout financière. Le tennis est un sport cher, très cher même, au regard du niveau de vie de la moitié des Sud-Africains, situé en dessous du seuil de pauvreté.

Dans les townships, le football et l’athlétisme sont les sports les plus populaires. Mais le tennis y a aussi sa place. Car avant que le football ne prenne toute la place, le tennis et la boxe étaient les deux sports phares des communautés noires. Sous le régime de l’Apartheid, les infrastructures étaient publiques et gérées par les municipalités. Les courts de tennis, bien que chers à entretenir, étaient maintenus en bon état.

Depuis deux décennies, les contrats sont privés et beaucoup d’infrastructures sont devenues vétustes ou ont été vandalisées. Aujourd’hui, les séquelles sont encore là. À Soweto, on compte une vingtaine de courts en bon état pour les quelques deux millions d’habitants du township.

Dimanche 2 février, les deux stars du tennis Sud-africaines sont venues jouer devant les spectateurs du township de Soweto. Une image inhabituelle, un mélange des genres assez rare en Afrique du Sud. L’ancien finaliste de Wimbledon, Kevin Anderson et le jeune Lloyd Harris ont joué un match d’exhibition. Pour les deux joueurs, c’était la première fois qu’ils se rendaient dans un township pour un match, preuve encore du chemin à parcourir. Pour les jeunes, c’était aussi la première fois qu’ils pouvaient voir jouer des champions de ce niveau. Les deux joueurs ont souvent répété vouloir devenir une source d’inspiration pour les jeunes du township. Mais c’est une autre star locale qui commence à émerger : Kholo Montsi, adolescent classé au 12e rang mondial chez les juniors et pur produit d’un township de la région du Cap oriental.

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