Noah : « Mon destin, c’est de rassembler les gens » – Tennis

Interrogé dans le podcast « Génération Do It Yourself » de Matthieu Stefani, Yannick Noah s’est exprimé, comme rarement, sur le thème du racisme dans la société à l’heure où le mouvement « Black Lives Matter » a pris de l’ampleur. L’ex-capitaine de Coupe Davis a partagé son vécu personnel et l’idée qu’il se faisait de son statut de champion sur ces questions.

Il avait déjà regretté voici quelques semaines le « silence des sportifs blancs« . Pourtant, Yannick Noah n’avait pas beaucoup utilisé son statut de personnalité publique pour s’exprimer sur la question du racisme dans la société jusqu’ici. Touché par l’expansion du mouvement « Black Lives Matter », le dernier vainqueur français de Roland-Garros est revenu sur ce sujet sensible dans le podcast « Génération Do It Yourself » de Matthieu Stefani. Il en a profité pour livrer une anecdote personnelle sur sa première véritable expérience du racisme quand il était joueur.

Noah a ainsi joué l’un des premiers tournois professionnels de sa carrière à Johannesbourg en 1978. A l’époque, le régime de l’apartheid était en vigueur en Afrique du Sud, ce dont il a très vite pris conscience. « Je ne sais plus l’heure exacte, mais disons que les sessions démarraient à 14h, et moi, on me faisait jouer à 11h pour s’assurer qu’l n’y ait personne. Je gagne mon 1er tour et le stade était vide, sauf un petit coin pour les ‘non blancs’, un petit triangle tout en haut du stade qui était plein de noirs, d’Indiens qui m’encourageaient forcément. C’était très étrange, l’acoustique. (…) Il y avait 8 000 places dans le stade et seulement 400 mecs dans un coin en train de gueuler« , raconte-t-il.

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« Je me suis dit que j’avais un rôle à jouer, il fallait que je gagne »

Fils d’une mère blanche et d’un père noir, le jeune homme se vivait alors comme métis, une perception qui a radicalement changé à cause de cet événement. « J’ai compris qu’à partir de ce moment, j’étais noir partout. C’est le regard de l’autre qui décide de ce que tu es. Arthur Ashe m’en avait beaucoup parlé, je ne réalisais pas. Je suis né de l’amour d’une blanche et d’un noir. Je n’étais pas révolté, j’étais concentré. Je me suis dit que j’avais un rôle à jouer, il fallait que je gagne« , se remémore-t-il encore.

Dans une sorte d’entre-deux, mal à l’aise pour s’exprimer sur le sujet, Noah a donc préféré faire parler la raquette et rester digne comme le lui conseillait son grand-père. « J’ai toujours voulu répondre soit par une pirouette, soit par un sourire, soit par mon travail. Quand je gagnais, tout le monde m’aimait. Quand je perdais, je devenais Camerounais. Mais au Cameroun, quand c’est dur pour moi, je suis Français d’un coup, c’est pareil« , résume-t-il non sans un certain humour.

Mais en changeant de profession et en passant à la chanson, il a fait une exception à cette ligne de conduite. « Toutes mes chansons sont positives sauf ‘Ma colère’ quand j’ai osé dire que j’étais contre le Front National. Et je me suis fait défoncer. Mais j’aurais culpabilisé, si je n’avais pas pris une fois la parole. En tant que métis, mon destin, c’est de rassembler les gens. » Fidèle à lui-même, Noah n’a jamais hésité à dire ce qu’il pensait, ce qui lui a été parfois reproché. Mais en s’exprimant plus longuement sur son expérience personnelle, il a dévoilé une facette peut-être moins connue de sa personnalité, parfois prise entre deux feux. Une fêlure mais aussi une force qui explique sa capacité à fédérer autour de lui.

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