Pourquoi les cas positifs sur l’Adria Tour jettent une ombre sur la reprise du tennis mondial

Cette information, tout le monde l’avait imaginée, ou du moins crainte. Alors que les pays se déconfinent peu à peu, que la vie reprend et que les compétitions sportives recommencent, le coronavirus rappelle qu’il est encore bien présent et fortement actif dans le monde. Ce week-end, lors de l’Adria Tour, une compétition amicale qui devait marquer le retour sur les courts pour un certain nombre de joueurs professionnels, Grigor Dimitrov puis Borna Coric ont annoncé avoir contracté le coronavirus. Trois autres joueurs, Andrey Rublev, Marin Cilic et Alexander Zverev ont eux été testés négatifs mais se sont placés en quatorzaine. Des nouveaux cas qui remettent ainsi en cause la reprise des compétitions internationales.  Rappelons qu’en Serbie comme en Croatie, les mesures barrières ne sont pas obligatoires comme en France, et leur non-application ont pu contribuer à la propagation du virus parmi les joueurs et leur entourage. Aucune distanciation sociale n’est recommandée et les joueurs présents sur place ont même échangé des accolades et improvisé des parties de basket. 


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D’ailleurs, une interrogation plane. Dominic Thiem, participant lui aussi à l’Adria Tour et affrontant le 14 juin Grigor Dimitrov, est arrivé en France il y a quelques jours pour participer à l’UTS, un nouveau tournoi mis en place par Patrick Mouratoglou. L’Autrichien a été testé négatif au covid le vendredi 19 juin, à son arrivée. Une annonce relayée par l’UTS sur Twitter, qui précise que tous les joueurs ont été testés à leur arrivée et avant de jouer.

Un temps d’incubation encore incertain

Toutefois, ce test réalisé sur Thiem, quelques jours après avoir été en contact avec Grigor Dimitrov, est-il fiable au point de poursuivre le tournoi et ne pas imposer de quatorzaine généralisée ? Les spécialistes émettent en effet un doute. « Il y a toujours un doute sur la durée de l’incubation. Après le contact, il faut attendre quelques jours avant que le virus ne se réplique, et quelques jours avant que la maladie ne se déclenche. C’est pour cela que l’on prend une marge de sécurité qui est environ de 14 jours, et on estime qu’une fois passé ce délai, le risque est à peu près écarté », explique Vincent Maréchal, professeur de virologie à l’Université de la Sorbonne à Paris.  

Une position partagée par l’épidémiologiste, Catherine Hill : « On ne sait pas très bien au bout de combien de jours les gens sont positifs, et au bout de combien de temps ils sont contagieux, c’est assez imprécis. » Mais pour cette spécialiste, la quartozaine aurait dû être respectée dans le cas de Dominic Thiem. « En principe, après avoir été en contact avec une personne présentant des symptômes ou ayant été testée positive, on doit être mis en quatorzaine. Puisque tous les contacts sont mis en quatorzaine, cela veut bien dire que l’on pense qu’ils peuvent développer la maladie dans les 14 jours. Ainsi, le laisser jouer, et n’effectuer qu’un test, sachant qu’il y a des faux négatifs, c’est prendre des risques. Si on l’a pas mis en quatorzaine, cela ne va pas. »


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La complexité du virus

Si le virus est encore source d’incertitudes pour la communauté scientifique, les risques sont donc bien présents. Alors peut-on douter de la fiabilité du test effectué même sept jours après le contact ? Oui, affirme Patrick Berche, micro-biologiste et membre de l’académie de médecine. Dans ce cas précis, son contact avec Dimitrov remontant au 14 juin, Dominic Thiem n’est donc pas à l’abri d’avoir contracté le virus, et  « peut encore devenir positif dans les prochains jours. » De plus, rappelle le spécialiste, même si ces cas sont rares, certaines incubations sont plus longues que les 3 à 5 jours généralement constatés et pouvant ainsi aller jusqu’à 25 jours. « Tout est compliqué dans cette maladie, notamment le fait que les symptômes soient assez rares. La plupart des gens infectés n’ont pas de signes cliniques, et à fortiori chez les jeunes, ceux qui n’ont pas de facteurs de risques, il n’y a pas de signes évocateurs. Donc le risque dans cette situation c’est que la personne infectée, réplique le virus, le transmette et c’est pour ça qu’on prend cette sécurité de 14 jours », approfondit Vincent Maréchal, professeur de virologie à l’Université de la Sorbonne à Paris. 

Ces nouveaux cas de contamination peuvent poser question alors que les compétitions officielles de l’ATP et de la WTA n’ont pas encore repris. Le tennis étant un sport international, les deux tournois organisés en marge du calendrier traditionnel font office de test grandeur nature et montrant ce à quoi pourrait ressembler la reprise des compétitions en août. Alors le tennis serait-il un des sports qui pourrait faire repartir le virus ? Pour le micro-biologiste Patrick Berche, cette responsabilité s’applique à tous. « Le tennis n’est pas un facteur majeur. Ce qui se passe en revanche, c’est qu’on peut véhiculer le virus par avion. Le danger vient des gens qui arrivent des pays fortement touchés par le virus comme l’Afrique, l’Inde et l’Amérique Latine et qui ne sont pas mis ni en quatorzaine, ni testés. Et en ce moment, au regard des différents témoignages que j’ai pu entendre, des personnes arrivent en France et elles ne sont pas contrôlées. C’est ça le vrai danger. »



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